11. La population

11.1 Origine et historique

Aïntyenne. Le gros bourg de Coudes est avantageusement placé dans un site admirable, au confluent de la Couze-Chaudefour et de l'Allier. La tradition rapporte qu'à l'époque gauloise l'endroit s'appelait « Aïn-ty-enne » (maison-source ; maison-mères ; chef-lieu). Bien plus considérable encore le pagus s'élevait le long de la route actuelle que l'on nomme quartier de « Los Chazeaux » et bordait non seulement les rivages de la Couze, mais franchissait en outre l'Allier dont la rive droite présente certains vestiges.

La ville d'Aïntyenne possédait certainement une communauté de druides avec une école qui furent christianisés sans changements notables dans l'organisation locale : telle serait pour nous l'origine probable de l'antique sanctuaire dit de « Saint-Genès ». D'après l'abbé S. Mosnier, Saint Privat, martyr, évêque de Mende, serait né à Coudes, vers la fin du IIème ou le commencement du IIIème siècle de notre ère.

Au IIIème siècle, lors de l'invasion de la Gaule par les Alamans, sous la conduite de Chrocus, L'Auvergne fut horriblement saccagée, et le pagus d'Aïntyenne détruit.

a) Le sanctuaire de Saint-Genès

Seul, le sanctuaire de Saint-Genès aurait été épargné par les barbares qui allèrent se faire écraser sous les murs d'Arles où Chrocus fut mis à mort.

Quoi qu'il en soit, à moitié détruit, l'antique sanctuaire qui a reçu lui-même des sépultures se trouve au milieu d'un vaste cimetière. On y a fait des découvertes intéressantes au plus haut point.

Le savant abbé Le Bœuf, ayant fait un voyage en Auvergne, en rapporte 5 inscriptions tumulaires de l'époque mérovingienne trouvées à Coudes et qui furent publiées dans les « Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettre » (1759). Datées du règne de Teudoric ou Thierry 1er, de Candidus (526), d'Erena (538) (du temps du roi Théodebert), de Pioni (554), de Iohannis (incomplet).

Au commencement du XIXème siècle, M. Teyras de Beauvezeix a signalé une autre inscription ayant trait à une certaine Julianeta, décédée vers 503, à l'âge de 45 ans, la 19ème année du règne d'Alaric (484 – 507), roi des Wisigoths, tué à la bataille de Vouillé (507) où il fut vaincu par Clovis.

Trouvée dans l'intérieur même de l'édifice, la sépulture du diacre Bardario (source fraîche) paraît encore plus ancienne. Ce diacre, qui vécut 70 ans, mourut la veille du troisième jour des Calendes de Mars ; mais on a omis d'indiquer sur son épitaphe le nom du roi ou mieux du chef qui régnait alors.

Le jeune Palladius (Maison forte, Palais), de Coudes, devait appartenir à la famille du diacre Palladius dont il est question sous la date de 430. Dans son histoire ecclésiastique des Anglais, Bède (Blanc) le Vénérable, qui avait à sa disposition la riche bibliothèque de son monastère (VIIIème siècle) de Kolomb-Kill dans l'île d'Iona (Écosse), une des Hébrides, parle en effet d'un Palladius envoyé en Bretagne par le pape Célestin, élu en 422, lequel Palladius fonde (Mignet) des églises et des monastères chez les Scotts. Montalembert donne à ce sujet d'autres détails qui ne sont pas fondés.

Dans tous les cas, notre Palladius pourrait être le fils du comte des Gabales Pallade (milieu du Vième siècle), originaire d'Auvergne, et dont Grégoire de Touts parle au quatrième livre de son histoire. (Les Saints d'Auvergne, par l'abbé S. M. Mosnier). Ce Comte Pallade aurait été du reste enterré à Cournon, dans le monastère où on a trouvé son épitaphe.

Dans son atlas annexé au texte de la statistique monumentale du département du Puy-de-Dôme (1846), J. B. Bouillet donne les fac-similé des inscriptions tumulaires de Palladius et Bardario. Les 2 plaquettes en marbre blanc sont au musée de Clermont-Ferrand auquel elles ont été données par l'abbé Croizet, ancien curé de Neschers, qui les tenait lui-même du père de M. Tardif, ancien maire de Coudes.

En arkose ou grès dur, les sarcophages, porteurs d'inscriptions ou non, ont été mis au jour lorsque les habitants fouillèrent le sol pour creuser des caves dans le vieux quartier de Saint-Genès. M. Tardif, qui a bien voulu nous renseigner, nous en a fait voir dans sa propre cave où ils servent de « plumards ». L'antique sanctuaire à l'ombre duquel ils ont reposé, leur est certainement antérieur plus qu'on ne pourrait le croire sans doute.

« La terre d'Auvergne compte 3 saints du nom de Genès. L'évêque de Clermont et le confesseur de Combronde sont bien trop postérieurs ; nous croyons qu'il est logique d'admettre que le monument de Coudes fut dédié au Saint-Genès, martyrisé à Thiers au IIème ou au IIIème siècle.

….. Pour Conclure, nous croyons d'ailleurs devoir appeler l'attention de M. Rubrich Robert, architecte des monuments historiques, maître es sciences archéologiques ; sur une construction qui est peut-être la plus ancienne d'Auvergne. »

J. B. Maurice Biélawski

Chevalier de la Légion d'Honneur

Vic-le-Comte, 1er novembre 1911

Coudes : le sanctuaire Saint Genès

Coudes : le sanctuaire Saint-Genès


b) Les vestiges les plus anciens

En Gaule il y a d'abord une couche profonde qui cherche des refuges dans les grottes et les abris sous roche.

L'âge de l'adoration des forces de la nature plus ou moins personnifiées (naturalisme) et l'adoration des esprits (culte des morts) a laissé quelques traces à Coudes. Nous trouvons les grottes du Gazon (montagne) et de Roue-pe-tel (terre vague sous la butte) qui étaient en train de disparaître grâce à l'exploitation de la roche siliceuse fossilifère utilisée dans les verreries, exploitation arrêtée maintenant.

Le nom de Coudes doit être une altération du mot celtique Coïnde (confluent).

Comme autres vestiges, sur la rive droite de la Couze, à Roue-pe-tel, dans une sépulture découverte par hasard en 1892, on a recueilli une hachette en fébrilite blanche avec un certain nombre de flèches runiques ou de la désolation. Aux temps préhistoriques, pour mieux marquer leur douleur, les parents et les amis du défunt se labouraient les chairs avec des flèches à tranchant transversal.

c) Un établissement druidique

On estime qu'à Coudes il y eut un établissement druidique. Les Celtes, grâce aux communauté de druides, avaient joué un rôle immense comme facteurs de la propagation et de l'acclimation des langues et de la civilisation indo-européenne en Occident. Les conquêtes romaine et franque continueront cette évolution sociale.

D'après Gordon, l'influence sociale du christianisme ne fit qu'introduire un esprit nouveau sans déraciner l'ancien ; elle persistait encore il y a quelques dizaines d'années dans la croyance des sorciers. Quoi qu'il en soit, les évêques remplacèrent les druides en respectant la constitution établie et traditionnelle. Les monastères, les « abbayes », se substituèrent d'autant à plus facilement aux communautés et confréries druidiques que le terrain était en quelque sorte préparé, avec cette distinction que l'idée chrétienne est avant tout mystique. L'évolution se fit doucement, sans secousses. Les druides se laissèrent convertir. Leurs établissements, leur locaux, leur influence, passèrent aux moines plus ardents, plus exaltés, tout-puissants sur les esprits simples et qui surent profiter des circonstances heureuses regardées comme providentielles. Les chefs des clans cédèrent à l'église. les revenus de leurs communautés druidiques avec toutes leurs dépendances : elle en fut l'héritière ! Là où était un collège de druides, constate J. de Prétigny, s'éleva une abbaye de moines.

Nous allons maintenant poser les maigres points de repère que nous avons pu obtenir.

d) L'abbaye du Bouschet

L'abbaye du Bouschet était situé un peu en amont de Coudes, sur la rive droite de l'Allier, à proximité de l'actuel domaine de Sarlan. Il n'en reste que quelques ruines sans intérêt. (voir carte panoramique).

1240

Bertrand de la Tour accorde à l'Abbaye du Bouschet la dîme sur la terre que ce couvent pourrait labourer en 1 jour avec 7 paires de bœufs.

1285

Robert, comte de Boulogne et d'Auvergne, donne à l'abbaye du Bouschet les moulin de la Varennes y compris les cours d'eau qui les font marcher avec tous droits de propriété, ainsi que 1 maison et 9 champs.

Il cède en outre les rivages et eaux de la rivière d'Allier depuis la Roche de la Nief ou batiau de Coudes jusqu'à la roche Rotgier.. Le droit de péage fut plus tard confirmé par Jean de France, duc de Berry et d'Auvergne.

1287

Hugues de Tarreyra, paroissien de Coudes, consent au Bouschet la vente pour 1 setier de froment, de tous ses droits et prétentions sur le port et le batiau de Coudes.

1401

La villes de Coudes est dans la succession que laisse Jean le mauvais mesnagier.

Enfin, le 14 mars 1590

Coudes est incendié par les royalistes partis de Clermont-Ferrand pour marcher contre les ligueurs d'Yssoire. Notons que la ville d'Yssoire fut entièrement rasée.

 

Les archives des XVIIème, XVIIIème et même XIXème siècles en grande partie égarées, nous ne pouvons reprendre cet historique qu'au début du XXème siècle.

11.2 Mouvement de la population

(Faute de documents, nous devons nous reporter au XXème siècle).

La population reste sensiblement stationnaire. Jusqu'en 1890, la commune groupait les 2 villages de Coudes et Montpeyroux ; lais le 12 janvier 1890, la séparation fut prononcée. Actuellement, on envisage à nouveau le regroupement des 2 villages en une même commune.

Années

Habitants

 

1911

645

 

1921

544

 

1926

761

(dont 676 français + 85 étrangers)

1931

680

(dont 634 français + 46 étrangers)

1936

628

(dont 592 français + 36 étrangers)

1940

647

(grâce à quelques réfugiés)

 

Émigration et immigration

Entre les années 1921 et 1926, l'accroissement de population correspond à la construction de l'usine électrique. De nombreux ouvriers affluèrent de toutes parts ; les étrangers (italiens, espagnols, portugais) vinrent en nombre. Par la suite, un certain nombre d'entre eux se fixa dans la commune.

Puis la ville attira progressivement les jeunes qui partirent s'embaucher. D'ailleurs, c'était la période des salaires élevés, la vie facile, pleine de plaisirs. Le pays se vidait progressivement. Mais bientôt les ouvriers, plutôt que se fixer définitivement à la ville préférèrent, pour une grande partie, faire le trajet. Ainsi, ils gardent leur maison, leur jardin, leurs quelques morceaux de terrains. Ils ont le bénéfice d'une vie moins chère à la campagne avec les salaires de l'ouvrier..

D'ailleurs la commune fait d'autres acquisitions : quelques rentiers, quelques retraités viennent se retirer à Coudes dans l'ancienne demeure familiale ou, le long de la côte, à l'entrée du pays sur la route de Clermont, font construire de jolies villas modernes.

11.3 Naissances – décès – mariages.

Dans les années reculées, alors que la commune groupait Coudes et Montpeyroux, les naissances étaient largement supérieures aux décès.

Année 1789

accolade

naissances : 57

 

Année 1820

accolade

naissances : 33

mariages : 14

 

mariages : 12

décès : 47

 

décès : 24

 

Même en tenant compte de la séparation de Coudes et Montpeyroux (1890), après 1900, les naissances se font moins nombreuses.

 

Année 1900

accolade

naissances : 11

Année 1914

accolade

naissances : 7

Année 1920

accolade

naissance : 10

décès : 10

décès : 8

décès : 14

Mais, à partir de 1930 (voir graphique), les décès plafonnent largement au dessus des naissances qui baissent progressivement.

Remarquer le grand excès continuel des décès sur les naissances

Remarquer le grand excès continuel des décès sur les naissances

 

État sanitaire de la commune

La commune a 1 médecin et 1 pharmacien. Il n'y a pas de rebouteux.

11.4 Le genre de vie

On ne peut pas parler, pour la commune, de genre de vie bien défini. En effet, la population se compose de paysans, de commerçants, d'artisans et d'ouvriers.

Les paysans restés fidèles au village sont en général ceux qui ont les propriétés les plus étendues, et les meilleures. Les ouvriers vont travailler à Clermont surtout, mais aussi à Issoire et à Vic-le-Comte (à la Banque de France). Ils font le trajet, soit par le train, soit à bicyclette. Ils reviennent le soir et cultivent un jardin, quelques parcelles de terrain plantées an pomme-de-terre, en blé. Beaucoup conserve un bout de vigne pour leur propre consommation. Enfin, l'élevage de quelques volailles et lapins améliore l'ordinaire.

Il faut noter cependant le cas d'ouvriers-paysans qui, avant guerre, travaillaient la nuit à l'usine et, le jour, cultivaient leurs champs. Mais ils étaient peu nombreux.

Remarquons l'abandon du travail de la terre par la jeunesse : les garçons, à quelques rares exceptions près, vont, dès l'âge de 16 – 17 ans, s'embaucher à la ville. Les jeunes filles travaillent soit à Issoire (usine Ducellier), soit à Vic-le-Comte (Banque de France), soit même à Champeix (usine de vêtements de confection Chabaud). Là encore, quelques exceptions : 2 ou 3 restent fidèles à la terre qu'elles travaillent avec leurs parents. 2 ou 3 également restent au village où elles se louent comme bonnes.

L'alimentation

Avec le développement de la boucherie et des conserves alimentaires (petits pois, haricots verts, …) l'alimentation n'offre rien de particulier. Cependant, un plat reste encore à l'honneur : le salé avec les choux, et, de plus en plus, les familles conservent précieusement le « melard », vaste pot en grès dans lequel se trouve le porc salé.

Les costumes

Il ne reste plus de costume typiquement local. La proximité de la ville a fait adopter sa mode. Seules subsistent encore, et bien rarement, quelques vieilles paysannes à coiffe blanche et frisée.

 

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